La souffrance, la mutilation, la mort
Les soldats souffrent d’être séparés de leurs proches. Ils subissent une violence aveugle, industrielle, celle des bombardements. Mais ils sont également confrontés à leur propre violence lorsqu’ils doivent se battre et tuer.
La mort est omniprésente. Les cadavres sont si nombreux qu’ils ne peuvent pas tous être enterrés. Certains sont jetés par dessus le parapet ou abandonnés dans les boyaux.
L’une des corvées des soldats consiste à aller, de nuit, dans le no man’s land pour récupérer les corps et les ensevelir.
Pendant les combats, les hommes sont atrocement blessés, mutilés.
Les soldats se chargent d’évacuer leurs camarades et sont impuissants face à ces souffrances qu’ils redoutent eux-mêmes de subir.
Un cadavre accroché dans un réseau barbelé devant une tranchée après une attaque : [photographie de presse] / Agence Meurisse Source : Gallica BNF
Témoignage
Malgré la censure, certains récits font état de cette omniprésence de la mort. Par exemple, cette lettre que Francois Marius Rigoulet adresse à sa belle-soeur Eugénie Bord qui souhaite connaître les circonstances exactes de la mort de son mari Jean Bord originaire du Vernet la Varenne :
"(...) Chère belle sœur, vous me demandez de vous dire toute la vérité sur la mort de mon pauvre beau frère, j’aurai bien préféré la dire plus tard et de vive voix, mais cette maudite guerre n’est pas encore finie et malgré tout l’espoir qu’on aura la chance de nous revoir. Je ne me rappelle pas ce que j’ai dit dans ma dernière lettre car j’étais aussi bien démoralisé. Mais enfin, chère belle sœur, voilà toute la vérité, si cruelle soit-elle, mon beau frère a été tué le 16 juillet à 7 h du soir par une torpille qui a roulé dans l’abri où ils étaient 5. Et tous les 5, ces pauvres malheureux, ont été écrasés et déchiquetés dedans et quand les camarades ont réussi à dégager un peu l’abri, l’on a vu des choses horribles. Alors, on a été obligés de les laisser là dedans tous les 5 ensembles, nous n’avons même pas pu trouver ni montre, ni porte-monnaie, ni papier. Ça a été impossible. Mais ils n’ont pas soufferts, ne se sont même pas vus mourir (...)".

