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La crasse, la faim, la soif...

Dans les tranchées, l’hygiène est inexistante. Les poilus qui tiennent leur surnom de leurs barbes et de leurs moustaches, vivent dans la crasse et la puanteur. Ils ne peuvent pratiquement pas se laver (en mettant un peu d’eau dans un casque). Des latrines de campagne, les feuillées, généralement creusées dans la terre ne sont aménagées qu’à l’arrière des premières lignes, ces lieux étant facilement repérables par l’ennemi.
La saleté et la présence des corps en décomposition attirent les rats et les poux. Les maladies et les épidémies se propagent.
Lorsqu’ils sont au repos, les poilus tentent de se débarrasser des poux.

La nourriture est apportée aux dernières lignes de tranchées par des cuisines roulantes.
De là, deux soldats chargés de la corvée de ravitaillement approvisionnent les premières lignes.
Ils sont chargés de boules de pain. Ils portent des seaux de toile pour le café (le jus), et le vin (le pinard) et des marmites plates pour la soupe et le rata, infâme ragoût composé de bas morceaux de bœuf ou de mouton nageant dans une mauvaise sauce avec des pommes de terre et des haricots.
Cette nourriture de basse qualité arrive généralement froide. Les poilus consomment également de la viande en conserve : le singe. L’ordinaire est amélioré par le lait condensé, le chocolat, les conserves de sardines achetés à des camions-bazars ou envoyés par les familles.
Sur le front, l’eau est de mauvaise qualité et véhicule maladies et épidémies. La consommation de vin est donc encouragée par l’état-major. Le vin devient un élément de ravitaillement quotidien et gratuit. La ration par homme et par jour augmente progressivement pour atteindre 1 litre en 1915. En complément, des alcools forts (la gnôle) sont distribués aux soldats avant une attaque. L’alcoolisme a fait des ravages...

Petits Totos

sur l'air des "Petits chagrins" de Delmet

Les poux...c'est justement le sujet d'une chanson humouristique écrite en Argonne en septembre 1915 par Ferdinand Brossel, notaire du Vernet la Varenne qui s'est engagé volontairement au 113e d'infanterie. Deux exemplaires illustrés par l'humouriste Schem seront réalisés dans les années 1930.

Oh Toto Roi ! Toto vainqueur
Quand sur les reins du plus crâneur
Tu déambules
Toto têtu ! Toto tâteur,
Au plus malin donnant la peur
Tu le jugules.
Un beau matin tout engourdi,
En baillant devant le gourbi,
On sent « la chose »
D’abord au cou, puis au nombril.
Plus bas ... où ? oh ! dis-le ! dis !
Vraiment je n’ose.
Rageur on met bas son habit
Sa liquette et ses chausses aussi
Et puis on commence,
La lutte épique et sans merci
Du très gros et du très petit
Plein de puissance.

Narquois, subtil, plein de mépris
Pour son maladroit ennemi
Toto se terre :
Utilisant terrains et plis
Tel un boche se sentant pris
Dans sa tanière.
Mais le Poilu judicieux
Vite a repéré le Monsieur
Et sa cachette,
Et d’un coup d’ongle dédaigneux
Faisant surgir le malheureux
Lui fend la tête.
Pauvre Toto si décrié,
Tu as bien ton utilité
Je le confesse,
Quand tu promènes un soir d’été
Tes pattes avec agilité
Sur ventre ou fesse.

L’Argonne est un pays charmant
C’est des pruneaux en ce moment
Qu’on y vendange,
Mais le plus chaud des garnements
Y conserve indéfiniment
Sa fleur d’orange.
Et la nuit, harassé, transi,
On tâte en vain le sol moisi
Qui sert de couche ;
La lèvre esquisse le baiser
Et baise un rat ... ou bien un pied
Oh ! ... sans babouche.
Alors au fond de son terrier
Sort Toto, Toto familier
Qui vous chatouille.
Et dans son rêve le troupier
Songe à celle qui lui faisait
Des p’tites patouilles.